Outream

Publié le par VT

Ils ne parlaient que d'Outreau, mais ils pensaient aussi à Clearstream. En s'acharnant sur la pâle figure du juge Burgaud, ils règlaient également leurs comptes avec Renaud Van Ruymbeke, Eric Halphen, Eva Joly, et l'ombre de Thierry Jean-pierre. On découvre aujourd'hui que certains des personnages politiques qui se sont exprimés - et avec quelle conviction apparente ! - sur le fonctionnement de la justice française dans l'affaire de pédophilie d'Outreau se savaient concernés, à des titres divers, par le feuilleton politico-financier de cette fin de règne. Cela ne les a pas incités à la réserve, bien au contraire. Dans leurs déclarations solennelles vibrantes de compassion à l'égard des acquittés et de réprobation envers les juges, quelle était la part de l'émotion sincère, et celle du plaidoyer pro domo ? A quelle affaire pensaient-ils vraiment, en proclamant la nécessité de réfléchir d'urgence à la suppression des juges d'instruction, à la séparation du siège et du parquet, et au renforcement de la responsabilité des magistrats ?

Les deux dossiers n'ont apparemment rien de commun.  Mais pourquoi, alors, le rapporteur de la commission d'enquête parlementaire s'est-il empressé de commenter le 11 mai dernier l'examen par le Conseil Supérieur de la Magistrature du projet de promotion de Renaud van Ruymbeke présenté par le Garde des sceaux, lequel devait finalement y renoncer quelques jours après ? La carrière du magistrat chargé du dossier des frégates de Taiwan - dont procède l'affaire Clearstream - ne concernait absolument pas les travaux de la commission chargée de réfléchir sur l'affaire d'Outreau. Mais il est désormais clair que les réflexions de la commission d'enquête parlementaire risquent de déborder largement de leur cadre initial, comme le confirment les premières informations qui commencent à filtrer dans la presse.

Ce n'est pas une surprise, à vrai dire. Le monde politique n'a pas oublié les informations judiciaires naguère ouvertes sur le financement illégal des partis, les emplois fictifs, et les marchés truqués.  A la faveur de l'émotion suscitée par un dossier surmédiatisé, les réformes d'ores et déjà annoncées par les pouvoirs publics vont entraîner de nouvelles modifications de la procédure pénale. La parole de l'enfant, la crédibilité des experts, le poids des témoignages et la durée excessive des détentions provisoires, devraient focaliser l'essentiel de réflexions consacrées au traitement judiciaire des dossiers de pédophilie. Il en sera question dans le rapport de la commission d'enquête. Mais on y trouvera aussi des considérations générales sur les juges, leur recrutement, leur formation, leur discipline, et leur responsabilité. Et l'on sait déjà, compte tenu du climat qui règne actuellement dans les relations entre la justice et les autres pouvoirs de l'Etat, que la magistrature doit s'attendre à un feu roulant de critiques. Les magistrats téméraires qui osent encore perquisitionner dans les ministères sous le fallacieux prétexte de rechercher une vérité que nul n'a envie d'entendre, ne pourront pas ignorer un message qui, à l'évidence, ne s'adressera pas qu'au juge Burgaud.

Aussitôt que les conclusions de la commission d'enquête parlementaire auront été officiellement rendus publiques, on peut prévoir une nouvelle campagne d'opinion destinée à convaincre les citoyens que les magistrats doivent être solidement repris en main. Les manipulateurs de l'affaire Clearstream en profiteront plus sûrement que les acquittés d'Outreau.

Publié dans turcey

Commenter cet article